• Curieuse Mémoire

      

    La mémoire est une entité fort curieuse. Est-ce elle qui se joue de nous ou nous qui tirons les ficelles de ce pantin glissant comme une anguille ? Ma foi, ma foi, il est minuit et quart, mes yeux papillonnent et la concentration s’assoupit. Mademoiselle Engel prend ma cheville droite pour un oreiller et l’ankylose se pointe.

    Curieuse Mémoire

    La mémoire est alimentée par l’enregistrement que nous voulons bien lui accorder. Je censure beaucoup ; je réfute tout ce qui me dérange ou me désintéresse. Je ne suis pas une éponge qui absorbe tout. Donc, je ne serai jamais candidate à « Questions pour un Champion ». 

    Il est quand même quelques éléments qui ont marqué ma mémoire au fer rouge : la violence de certains évènements de ma petite enfance (guerre d’indépendance du Maroc qui m’a permis de rejoindre le territoire de mes ancêtres). A cet âge nous sommes une éponge assoiffée de connaissance. J’ai failli me disputer avec un copain de mon fils qui assurait que les bébés étaient des super idiots. Je me suis mordue la langue, car je ne discute avec les imbéciles. Je n’ai guère envie de dépenser stupidement de l’énergie et de me retrouver avec une profonde fatigue.

     Mon petit-fils a un an et je puis vous assurer que son cerveau fonctionne à vive allure depuis sa naissance. Il est malicieux, empathique. Un vrai profiler qui décortique le caractère de chacun et essaie de jouer les marionnettistes. Ben voyons ! Me laisser commander par un bout-de-chou à peine né !

    Curieuse Mémoire

     Je me souviens d’une notation à la banque où l’un de mes supérieurs louait ma mémoire. J’ai pouffé de rire ! L’illusion de ma soi-disante mémoire réside dans l’ordre et la méthode : tout noter, dater, classer, etc…

    J’ai toujours été fâchée avec le nom des acteurs et des hommes et femmes publiques. Je ne retiens que quelques noms de grandes figures que j’admire ou apprécie fortement.

    J’enregistre mal aussi, car je fais plusieurs choses à la fois. Me concentrer sur une seule tâche ou pensée m’ennuie. Je papillonne, effleure les choses donc n’écrème que la surface de ce que je dois retenir. Je me souviens que lorsque je préparais mon bac, il fallait que je rabâche (exit le plus-que-parfait : rabâchasse) un paragraphe de très longues minutes en arpentant ma chambre. Il fallait que je bouge. Il fallait apprendre par cœur nos ouvrages scolaires. Je m’aidais de fiche bristol résumant les points-clés du livre. Quand la matière me plaisait, la mémorisation était plus rapide.

    L’enregistrement dépend aussi de mes lectures en diagonale. Je lis certains textes d’ouvrages ou d’articles de journaux en picorant superficiellement, car je suis guidée aussi par une impatience de passer à autre chose.

    Impossible aussi d’être une bonne lectrice dans un wagon de RER où règne un chahut monstre :40 ans de mauvaises habitudes. Je me suis vue revenir plusieurs pages en arrière, car j’avais décrochée.

    Curieuse Mémoire

    Il est indéniable que mon cerveau de sexagénaire qui se rapproche du septengénaire est usé et j’ai une peur panique de la maladie d’Alzheimer qui me transformerait en esclave et martyr. Ma mère ne savait plus comment se nourrir. J’ai été marquée par le récit d’une dame qui me racontait qu’entrant dans la chambre de sa mère en fin de vie, elle a assisté à son toilette au jet d’eau. Je ne pense pas que cela soit exagéré. Je ne partage pas la connotation du mot « humain » qui serait le synonyme de « bon ».

    Perdre la mémoire, c’est perdre son indépendance.

    Curieuse Mémoire

    A bon entendeur, salut !

     

     

     

     

     

     

     


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